“la diversification est une évolution en cours des ETF : gestion forestière, production et approvisionnement de plaquettes forestières, vente de bois de chauffage…”

Chaque jour dans nos forêts, des Entreprises de Travaux Forestiers réalisent des prestations de services de travaux forestiers pour entretenir et aménager les parcelles. Elles sont près de 8000 en France, plus de 1000 en Auvergne-Rhône-Alpes.

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Pluralité des ETF

Regroupés sous le nom d’entreprises de travaux forestiers, se cachent en réalité plusieurs « métiers » : bûcherons, débardeurs, câblistes…qui collaborent pour effectuer des travaux forestiers au coeur des massifs. Ces métiers correspondent à des interventions variées allant de la sylviculture à la vidange des bois, effectuées toujours dans le souci des règles de sécurité des intervenants et de gestion durable des forêts.
Les travaux de sylviculture-reboisement consistent à préparer le sol, éliminer la concurrence herbacée ou arbustive, planter (semis ou plants) et améliorer la qualité individuelle des arbres.
L’opérateur utilise alors soit des outils manuels (débroussailleuse, élagueuse, canne à planter…), soit des outils mécanisés (tracteur, charrue, gyrobroyeur…). Le bûcheronnage regroupe l’abattage, l’ébranchage et le tronçonnage de l’arbre. Il peut être manuel ou mécanisé ; en Auvergne-Rhône-Alpes, ces opérations sont souvent effectuées par un bûcheron équipé d’une tronçonneuse mais de plus en plus le bûcheronnage devient mécanisé.
Les évolutions technologiques offrent en effet une grande fiabilité aux combinés d’exploitation (ou abatteuses) qui réalisent les mêmes tâches qu’un bûcheron, mais avec un rendement nettement supérieur et une sécurité accrue. Cependant, toutes les interventions en forêt ne sont pas mécanisables, notamment dans notre région avec les fortes pentes, les arbres de gros diamètres et des difficultés d’accès aux parcelles.

A la suite de ces opérations de bûcheronnage, les bois sont débardés, opération qui consiste à sortir les bois de la parcelle forestière et les déposer en piles sur une place de dépôt ou sur le bord d’une route accessible aux camions. Plusieurs moyens existent pour débarder les bois abattus : le porteur (tracteur équipé d’une grue et d’une remorque), le débusqueur ou skidder (tracteur équipé d’un treuil), le câble aérien (utilisé en zone de montagne ou à intérêt écologique fort), le cheval (utilisé en zone à intérêt écologique fort). Les bois seront ensuite évacués par des grumiers ou des camions, lesquels transporteront les billes jusqu’à l’unité de transformation : scierie, papeterie…
En Auvergne-Rhône-Alpes, les reliefs compliquent ces interventions, de la sylviculture au transport du bois, et les rendent plus délicates, moins rapides et donc plus coûteuses qu’en plaine. Outre la mécanisation, la diversification est une évolution en cours des ETF: gestion forestière, production et approvisionnement de plaquettes forestières, vente de bois de chauffage… La pluriactivité est également pratiquée par certains entrepreneurs, par exemple en montagne où il n’est pas rare d’être moniteur de ski ou conducteur de dameuse l’hiver et bûcheron le reste de l’année.


 

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TÉMOIGNAGE DE Pierre-François Genthial, Co-gérant de la SARL Genthial Travaux
du Pilat à La Valla en Gier (42)

ETF mécanisé , un métier multi -compétences

« Je suis co-gérant de la SARL Genthial travaux du Pilat avec mes deux frères Jean-Philippe et Paul-Vincent depuis sa création en 1997. Nous sommes la troisième génération à travailler en forêt : mon grand-père était bûcheron et mon père a acheté son premier débusqueur au début des années 70. Ce travail me passionne toujours autant même après 20 ans. Les chantiers sont variés, de la coupe d’amélioration à la coupe définitive. Les compétences requises pour être chauffeur d’abatteuse sont complètes. Il faut maitriser la sylviculture, la conduite de machine, la mécanique et l’informatique. Je cherche en permanence un compromis pour chaque chantier entre la vitesse d’exécution des mouvements, la productivité et le respect du sol et de la forêt, avec une qualité de travail soignée et des bois bien façonnés aux dimensions demandées. Sans oublier qu’il faut que je m’organise pour que le débardage de ces bois soit fonctionnel, afin que notre salarié ait aussi une bonne productivité. Il faut vraiment faire attention à notre prix de prestation sur certains chantiers pour être rentable car c’est le seul moyen de pérenniser notre entreprise. Nos conditions de travail sont sans comparaison à celles d’un bûcheron manuel par rapport à la pénibilité et aux risques hormis le stress de l’endettement et de la panne.


Zoom : la réglementation

De nombreuses règlementations s’appliquent pour effectuer des chantiers forestiers (codes du travail, forestier, de l’environnement…). Afin de simplifier la connaissance et l’application de toutes ces lois par les ETF et leurs clients, un utilitaire pratique est en cours de déploiement sur la région, à l’initiative de Fibois 07-26 et Créabois 38.[/column]


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TÉMOIGNAGE DE Thomas Mercier,
ETF en Savoie (73)

 Un jeune entrepreneur bien intégré à la filière

« J’ai toujours rêvé d’un métier en extérieur, en rapport avec le bois. Après un BEP Menuiserie à la Ravoire, j’ai décidé de poursuivre mes études en Haute-Savoie avec un  Bac Pro «gestion et conduite de chantiers forestiers».
J’ai réalisé mes stages dans l’entreprise de M. Arpin qui m’a ensuite salarié pendant deux ans. J’ai beaucoup appris à ses côtés, notamment la gestion et l’organisation des chantiers. Il y a trois ans, j’ai donc décidé de créer ma propre entreprise et nous travaillons encore ensemble sur certains chantiers. Je fais partie de l’ASDEFS, l’association des ETF des Savoie grâce à laquelle nous sommes plus solidaires ensemble. L’approche et le rendement sont bien différents entre plaines et montagnes mais nous avons la chance d’avoir du travail pour tous dans nos massifs. L’ASDEFS nous permet d’échanger et d’être unis pour que le savoir-faire français perdure.
J’aime mon métier et j’aime également me diversifier. C’est pourquoi il y a deux ans, j’ai acquis une scierie mobile. J’espère avoir encore un long avenir dans la filière bois.

Diversité des clients

Les Entreprises de travaux forestiers réalisent des prestations de service pour le compte de propriétaires forestiers, de coopératives, d’exploitants-négociants, d’industries du bois, de l’Office National des Forêts, de communes… Chacune d’elles a plusieurs clients, parfois publics et privés, pour un ou plusieurs chantiers. Elles doivent gérer temporellement et spatialement ces différents engagements, ce qui n’est pas toujours aisé si l’on rajoute à cela les contraintes météorologiques. La rémunération des prestations reste bien souvent fonction du volume de bois traité, plus rarement à l’heure.
Bon nombre d’ETF sont des entreprises sans salarié, unipersonnelles. Elles s’associent parfois pour réaliser un
chantier – par exemple un débardeur et deux bûcherons manuels, sans toutefois passer au stade du Groupement
d’Intérêt Economique ou de la SARL, car ils sont bien souvent attachés à leur indépendance. Le salariat se développe tout de même petit à petit, notamment dans les entreprises mécanisées.
Les ETF et leurs clients fonctionnent par habitude de travail, peu de démarches commerciales interviennent. Si les contrats pluriannuels sont encore rares mais se développent, le lien de responsabilité entre l’ETF prestataire et son « donneur d’ordre » client est fort. Les donneurs d’ordres ont l’obligation de vérifier que leurs prestataires remplissent certaines obligations (fiscales, sociales…) avant démarrage d’un chantier forestier. Afin de faciliter cette tâche administrative pour les deux parties, le « service pro ETF » est désormais en place en Auvergne-Rhône-Alpes. Il centralise les documents de l’ETF et en automatise une partie, les archive et les met à disposition
de ses clients.


TÉMOIGNAGE d’Estelle PLANCHE-FOULHOUX, Scierie du forez (63)

L’avis d’un client scieur

« Les ETF sont très attachés à leur forêt, ils font corps avec elle, ils la vivent au quotidien, partagent ses difficultés, ses blessures, son entretien et sa production. Les ETF sont très impliqués sur leur territoire, ils connaissent souvent mieux les parcelles que les propriétaires eux-mêmes. Ils participent à l’histoire de la forêt et en sont devenus les historiens. Nous travaillons avec certaines familles d’ETF depuis quatre générations, ce ne sont pas des relations de donneurs d’ordres mais bien un partenariat de fond qui s’est instauré naturellement entre nos deux professions. Lorsque ces entreprises interviennent en forêt, récoltent, débardent et livrent les bois, c’est l’image de notre entreprises qui est également en jeu et celle de l’ensemble de notre filière. La coresponsabilité
de cette image est importante et c’est grâce à leur belle implication que notre filière peut récolter autant de bois sans entamer le patrimoine forestier. Ils aiment leur métier, la forêt, cette alchimie mérite bien une belle reconnaissance de leur travail. »

 


 

Représentation et image des métiers d’ETF

En France, la FNEDT (fédération nationale du mouvement des entrepreneurs du territoire) est le syndicat auquel peuvent adhérer les ETF, aux côtés d’autres métiers du monde rural et agricole. En local, Rhône-Alpes compte aujourd’hui 8 associations d’entrepreneurs de travaux forestiers et une est présente en Auvergne. Elles permettent aux ETF, et parfois à leurs collègues transporteurs, de se rencontrer. Ce sont plus de 150 adhérents de ces associations qui bénéficient de services communs et d’un lieu d’échanges et de convivialité avec leurs homologues.
Les activités de ces associations sont présentées dans « Brèves des bois », un bulletin d’informations et d’actualité semestriel (disponible sur www.fibra.net rubrique « fibradoc »). Entre autres actions, ces associations ont à coeur de montrer ce qu’est le travail des ETF et d’améliorer l’image auprès du grand public et des élus locaux. Le métier n’est pas toujours bien compris, la cohabitation avec les autres usagers de la forêt (chasse, randonnée, vélo, moto…) nécessite de se parler. Pour cela, les associations participent à plusieurs actions de communication et sensibilisation : des visites de chantiers forestiers dans les parcs naturels très touristiques des Bauges et de Chartreuse, des fêtes de la forêt ou du bûcheronnage… ou encore des films montrant leur métier
en action.
C’est le cas de Jean Charles Mogenet, président du Pôle Excellence Bois des Pays de Savoie et adhérent de l’ASDEFS – l’association des ETF des Savoie. Il est le personnage central du documentaire « Le bûcheron des cimes », diffusé dans le cadre de l’émission Chroniques d’en Haut sur France 3 le 11 décembre 2016. Tourné en Haute-Savoie, ce documentaire humaniste réalisé par Gilles Perret part à la découverte des hommes qui travaillent en forêt de montagne. Jean Charles Mogenet parle de son métier, il insiste sur le besoin de bien organiser son chantier en amont pour être efficace et limiter les risques : « un bon bûcheron sait s’économiser » dit-il, et sur la nécessité d’expliquer sa présence en forêt : « on passe du temps à communiquer » auprès des riverains, touristes, etc. Les deux jeunes bûcherons qu’il a embauchés ont aussi l’occasion de s’exprimer. Ils mettent en avant le rapport avec la nature « tous les matins je suis content d’y aller », même si le métier est dur, ils en sont conscients. Malgré les avancées technologiques sur les engins, les équipements et les dispositifs de secours, la prudence et l’observation des éléments qui les entourent sont un prérequis vital. Jean-Charles résume l’état d’esprit des ETF « même si c’est dur, les gens sont heureux de faire ce métier, il y a un bien-être au travail ». Lui a encore des rêves pour faire évoluer ces métiers, dont un qui s’est transformé en projet de recherche : le débardage des bois par un dirigeable amarré à un câble.
En 2015, l’ASDEFS a participé à la réalisation de 4 vidéos courtes et spectaculaires présentant différentes techniques d’abattage et de débardage en montagne, dans le cadre du projet franco-italien « Informa » sur la formation et l’image des métiers en forêt « des métiers modernes, attractifs, passionnants et déterminants pour la gestion durable des forêts» . Ces vidéos se trouvent sur la chaîne youtube de FIBRA.
Un autre projet est en cours : l’association Forest’Ain réalise actuellement un court métrage d’information sur les conditions d’exercice et les évolutions du métier d’entrepreneur de travaux forestiers. Ce film a la vocation de présenter les différents métiers des ETF et leur travail au quotidien, en mettant en lumière les spécificités du département de l’Ain. Il servira de support à des rencontres professionnelles avec les acteurs de la filière, les élus et les jeunes en formation.

 


Zoom : la sécurité sur les chantiers forestiers

Les associations d’ETF organisent régulièrement des sessions de formations «Sauveteurs Secouriste au Travail ». Dans le cadre spécifique d’un travail isolé en forêt, la MSA propose un service de protection, le Dispositif d’Alarme pour Travailleur Isolé, qui a été testé dans le Vercors.

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Les formations

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Ces établissements proposent des formations initiales ou continues de différents niveaux, du CAP au BTS en passant par des bac pro, brevet pro et certificat de spécialisation. Pour plus d’information sur chaque diplôme et les établissements qui les proposent : metiers-foret-bois.org rubrique « trouvez votre formation ».
Il existe une offre de formation riche régionalement pour préparer aux différents métiers présents dans les entreprises forestières. Ces formations peinent à remplir leurs effectifs chaque année, alors même que le marché du travail est en demande !
Pour devenir ETF indépendant, donc chef d’entreprise, deux diplômes sont autorisés : le Bac Pro « forêt » en formation initiale, le Brevet Pro «responsable de chantiers forestiers» en formation continue. Au cas par cas, des équivalences avec compléments de formation peuvent permettre de rejoindre le métier. Ces formations alternent des parties pratiques avec mise en situation de chantier et des enseignements théoriques, notamment de gestion d’entreprise qui sont primordiaux pour l’ETF. En effet, les entrepreneurs se perçoivent bien comme des spécialistes techniques, et peu comme des hommes d’affaires ou des gestionnaires d’exploitations, alors qu’ils sont chefs d’entreprises. La pérennité de l’entreprise dépend beaucoup de la capacité à conjuguer ces deux aspects.